Culte commun avec Bischheim à la Trinité le dimanche 12 nov. 2017

Thème de ce dimanche :   Le jour du Salut : 

« C’est maintenant le moment favorable;
c’est maintenant le jour du salut. »
   
(2 Cor. 6,2b)

Lectures proposées :  Psaume 90,1-17; Job 14,1-6; Romains 14,7-9; Luc 17,20-24; Luc 11,14-23

 

Liturgie :
pasteure Ruth Wolff-BonsirvenP1050226

 

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Prédication :
pasteur Jean-Jacques Bonsirven sur Luc 11,14-23

 

Jésus, Parole de Dieu redonne la Parole à un homme possédé par un démon muet

C’est ainsi que l’on pourrait résumer ce passage de l’évangile de Luc.

Le texte lui-même n’a pas de difficultés particulières. On peut cependant préciser quelques  points. Muet, en grec, le mot employé peut aussi signifier sourd. Ainsi dans le passage messianique de Mt 11.5 répondant à la question de Jean baptiste : doit-on en attendre un autre que toi, Jésus citant l’Ancien Testament répond : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent. C’est le même mot. Muet et sourd. Kophos en grec. Je reviendrais là-dessus.

Remarquez aussi que c’est le démon qui est muet ou sourd et qui rend cet homme muet et/ou sourd ! Le scénario reste le même que dans beaucoup d’autres péricopes des évangiles. Une personne malade ou possédée, une foule admirative et quelques-uns qui veulent tendre un piège à Jésus. Jésus guérissant, répond à ces personnes en se défendant et justifiant ce qu’il vient de faire. Ici, le piège consiste à demander à Jésus de faire un signe/miracle, pour prouver que son pouvoir vient bien de Dieu/des cieux et non du maître des démons Belzébuth.

Pour les anciens, auteurs, lecteurs ou héros de ces histoires, le monde des démons, comme celui des anges était une réalité indubitable. La question, pour eux, ne portait pas sur leur existence ou non, mais sur la façon d’en venir à bout. Est-ce par l’autorité de Dieu ou par l’autorité d’une puissance encore plus maléfique que le démon présent ? Et bien entendu le pouvoir sans faille dont fait preuve Jésus est suspect puisque agissant ! En fait, tout ce qui était inexpliqué/ inexplicable forcément était l’œuvre de puissances surnaturelles. 

Aujourd’hui, point n’est besoin d’en référer au surnaturel. Nous assumons ne pas tout comprendre, sachant qu’un jour, probablement nous trouverons l’explication « naturelle ». Mais même si on ne se pose plus la question de l’existence de démons prenant possession d’hommes/de femmes, sans aucun doute il y a des personnes qui ont été dépossédés de leur paroles, de leur avenir, de leur espoir, de leur lumière intérieure, de leur être. Pensez à ce qui se passe pour ces millions de femmes abusées, violées et qui osent maintenant, quelques-unes, enfin, dénoncées leur bourreau. Elles ont été enfermées vivantes dans des prisons fabriquées par leurs agresseurs. Tais-toi… si tu parles, tout le monde saura qui tu es ! ce que tu as accepté ! Et elles parlent et c’est bien. Mais ce ne sont que quelques-unes et il y en a tant qui restent avec leur douleur muette, véritable démon les hantant jour après jour..

Il paraît que c’est la parole qui nous distingue du règne animal. Et c’est vrai que c’est le plus grand des cadeaux donnés à l’être humain. Pouvoir parler c’est être au monde. Et rien d’étonnant que de constater que vivre devient une lutte pour avoir droit à la parole. Lutte pour apprendre, et cela commence par des balbutiements, mais là, habituellement tout le monde est content pourvu que cela ne fasse pas trop de bruit ! puis les premiers mots viennent et s’ils sont bien choisis par l’enfant, les visages s’éclairent ! papa maman et non tracteur ! Après dès que l’enfant apprend à parler, on lui apprend en même temps qu’il est un enfant et qu’il n’a pas droit à la parole. Il doit se taire : 6 heures par jours pour apprendre à parler ! Heureusement à la maison il parle, mais trop. Les parents sont fatigués, et c’est vrai. Puis le monde la jeunesse, les débordements, la vie s’invite et les temps de paroles avec les copains, paroles débridées, libres, extrêmes, à l’image de la vie bouillonnante de cet âge. Les études, réapprendre à peser ses mots, à dire, tout en ne disant pas, à tourner autour, pour ne pas fâcher quelqu’un, l’art de ne rien dire tout en laissant croire que des choses importantes ont été dites. Et apprendre les mots de l’amour, les mots du « je ». Que c’est difficile.

Mais surtout découvrir que décidément il y en a d’autres qui parlent mieux, d’autres que tout le monde écoute même sans être vraiment d’accord, mais on se tait quand ils/elles parlent. Elles savent. Elles savent utiliser les mots pour faire rire, humilier, rabaisser, ironiser, convaincre, Alors on découvre si cela n’a pas été fait avant, qu’il y a des mots qui tuent. On a peur de leurs mots. Alors on se tait, même si on sait que l’on ne devrait pas et qu’on va se haïr de ne pas avoir essayer. Mais sommes-nous écoutés ? Pourquoi d’autres sont-ils/elles écoutés plus que nous ?

Notre parole ne compte-t-elle pas ? Oui, nous sommes en démocratie, et chaque voix compte ! oui pour élire des gens qui vont parler à notre place. Ils ont notre voix, et pourtant je ne la reconnais pas quand ils parlent ! 

Enfin vient le temps de la parole difficile, notre parole compte de moins en moins sauf aux derniers moments, dernier souffle. Qu’est-ce qu’il vient de dire ? Et le silence. Ouf. Je vous l’ai dit la vie est une lutte pour la parole.

Et Dieu se révèle à nous. Il est vie et toute vie commence par la Parole. Dieu dit et cela est. Dieu dit et la lumière fut. Cette lumière qui chasse les ténèbres, parole qui sépare, qui distingue, qui ordonne ce que les ténèbres cachent, emmêlent, embrouillent, enchevêtrent de telle façon qu’on ne peut mettre de mot dessus.

La Parole en distinguant, en ordonnant permet le mot, la nomination, et ainsi projette la lumière et la vie. La vie est parole. La Parole est la vie.

Jésus, Parole de Dieu, ne fait pas de magie, il guérit les sourds, les muets en redonnant la parole. En nous affirmant « ta parole compte pour moi, je veux t’entendre, t’écouter, dis-moi, raconte-moi. Je te promets, je ne corrigerai pas tes fautes de grammaire, et même si tu bégayes, et même si tu n’as que des soupirs inexprimables, je t’écoute. Chaque mot sortant de ta bouche je l’accueille comme un trésor. Parle. »

Il nous redonne la parole et en donnant la parole il nous assure une place au monde. En parlant, nous reprenons possession de nous-même, de notre être. Le silence, le mutisme enferme, la Parole échangée libère et nous ouvre à la vie et à l’autre.

Et le muet se mit à parler est-il écrit, que dit-il ? Le texte ne le dit pas. Des paroles sans importance ? des paroles pour ne rien dire ? Je ne pense pas. Non surement pas, des bruits peut-être, des cris inarticulés mais des cris de guérison, des cris d’espoir, l’apprentissage à la liberté de dire.

Ce passage me fait penser à l’autre miracle, mais c’est un aveugle, à qui Jésus place sur les yeux une boue faite de poussière et de salive. Et l’homme dans un premier temps arrive à voir mais voit les hommes dit-il comme des arbres, puis dans un second temps il voit justement. Cela ne s’est pas fait immédiatement.

Et reprendre, reconquérir la parole demande un apprentissage, demande du temps.

Du temps pour pouvoir dire justement. Pour que ce soient des bonnes paroles qui sortent de notre bouche comme celle dans Eph.4.29 : de bonnes paroles qui transmettent une grâce à ceux qui les entendent.  Et pour ce faire, il faut d’abord s’affermir dans sa dignité de fils et fille de Dieu, à qui Dieu donne la parole et confirme sa place au monde jusqu’à la dernière seconde de vie … et bien après.

Puis il faut apprendre à écouter sa sœur, son frère. « Ecoute avant de parler », je crois entendre mon père ! mais il avait raison. C’est juste. Celui qui est sourd à son frère/sœur ne parle pas, il se dit des mots à lui-même. L’écoutant parle justement.

Je m’arrête là.

Que l’Eglise (c’est-à-dire nous) guérisse de sa surdité et de son mutisme et qu’elle devienne lieu d’écoute, de paroles proclamées, lieu d’échange, lieu de rencontres d’hommes et de femmes dans un espace de liberté d’être et de pensée. Ce sera alors le jour du salut. Alors la Parole de notre Dieu retrouvera aussi sa place dans ce lieu de liberté et d’échange. Parole d’amour et d’accueil, parole de création et de libération. Amen.

P1050233Et quelques nouvelles de la paroisse de Bischheim :   T.R.P.O.

C’est un joyeux groupe de protestants et de catholiques se retrouvant alternativement en l’église St Michel et l’église Christ-Roi à raison d’une rencontre par mois.  Ils se rassemblent poussés par leur foi dans les paroles du Christ demandant à notre Père l’unité, semence de foi. Outre la lecture des écritures et la prière, des projets leur tiennent à cœur. L’organisation de rassemblements œcuméniques pour les deux paroisses de Bischheim et également un cheminement actif pour un quotidien écologique. Le respect de l’atmosphère,  de la terre,  et de toute vie la peuplant, est le centre de leur réflexion et action. Ce groupe est ouvert et prêt à accueillir quiconque se reconnait dans ses valeurs.

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