Culte commun du 11 février « Bischheim-Schiltigheim » rue Principale

TaParoleCe culte commun avec Bischheim
à l’église rue Principale de Schiltigheim

a été assuré par le pasteur (e.r.a.) Jean-Jacques Bonsirven

 

Thème du jour :  Estomihi : Sois pour moi un rocher …
                           (dimanche avant Carême)

Lectures du jour : 
Psaume 31,1-9; Amos 5,21-24; 1 Corinthiens 13,1-13; Marc 8,31-38

 

Amos 5,21-24 :

21  Je déteste vos fêtes, je les rejette, je ne veux plus sentir
vos assemblées solennelles.

22  Quand vous me présentez vos holocaustes et vos offrandes,
je ne les agrée pas ; vos sacrifices de paix et vos bêtes grasses, je ne les regarde pas.

23  Éloigne de moi le tumulte de tes chants ! Je n’écoute pas le son de tes luths,

24  mais que l’équité coule comme de l’eau, et la justice comme un torrent intarissable.

 

A l’époque qui est la nôtre d’un certain abandon des rites et des rassemblements en Eglise, cette parole divine proposée à notre prédication aujourd’hui tombe peut-être un peu à plat. Et pourtant, son propos n’est pas de dire que Dieu n’apprécie pas nos cultes et notre joie de nous retrouver le dimanche matin, mais de nous rappeler combien l’exigence de justice, sociale, mais aussi relationnelle est au cœur de la foi chrétienne. Devrait être, je dirais, parce qu’il y a encore du chemin à faire jusqu’à une situation de règne de Dieu dans nos cœurs et en Eglises…

Et il y avait encore plus de chemins à parcourir au temps d’Amos. Nous nous retrouvons au 8ème siècle avant JC. Après le roi David, et le roi Salomon. Le pays est divisé en deux, le sud, appelé royaume de Juda, et le nord ayant gardé le nom de royaume d’Israël avec le roi Jéroboam 2 Ce royaume atteint des sommets de prospérité et de grandeur. Le commerce extérieur est florissant, le luxe se répand dans les hautes classes de la société. La paix extérieur règne, le présent est brillant et aucun doute que l’avenir est assuré. Et voilà qu’un berger du Sud se lève pour dénoncer l’injustice et la perversion, du culte et pour annoncer l’arrivée imminente d’une catastrophe radicale dont Israël ne pourra pas se relever.  Amos est berger peut être propriétaire de son troupeau mais on en est pas certain. En tous cas il est du sud. Imaginer un étranger, venant en France dénoncer l’injustice ! Amos n’est pas un grand prophète par la quantité de pages qui nous est restée, mais son court écrit est une dénonciation impitoyable de l’injustice cachée, d’une société à deux vitesses, de l’exploitation des faibles érigés en système, sa critique de pratiques cultuelles dont la munificence n’arrive pas à masquer la perversité intrinsèque de son temps, dépasse à l’évidence les limites de son époque et trouvent des résonances dans beaucoup d’autres situations historiques et en bien d’autres endroits. Le message d’Amos est universel et ses paroles sont à recevoir partout et toujours comme celles d’un contemporain et d’un compatriote.

Amos dénonce spécialement une situation de perversion de la pratique religieuse. Perversion, car Les nantis du royaume qui je le rappelle vivaient très bien, célébraient ce succès en remerciant Dieu et en lui offrant des maints sacrifices, grandes célébrations et entretenaient largement le temple et le clergé. Pour en quelque sorte, se garder les bonnes dispositions de Dieu à leur égard, garantir leur prospérité. Seulement, toujours au détriment des plus pauvres. La première loi de Dieu est celle de l’amour du prochain. Une loi qui se décline en respect de la dignité de chacun et en partage solidaire. Amos dénonce l’impôt du temple indispensable pour les somptueuses cérémonies, payé par tous même par les plus pauvres, les enfermant définitivement dans l’indigence et l’espérance trompeuse que Dieu allait leur offrir la prospérité à leur tour. Il dénonce aussi la justice, dite aux portes de la ville, exercée par des magistrats sensibles aux pots de vin. Une société où les puissants et les riches s’accordent en invoquant le nom de Dieu sur leurs agissements iniques. Le message était à chaque fois : voilà ce que Dieu veut. Amos vient pour dire : Non. Ce n’est pas cela que Dieu veut. Aussi tout sera détruit. Le châtiment arrive.

Le message d’Amos nous invite à toujours veiller. Ora et labora était la devise des moines depuis le moyen-âge. Prier et travailler. Prier et œuvrer. D’abord et avant tout à conjuguer le croire et le faire. Et c’est ce que l’Eglise a essayé de faire tant bien que mal. Bien car les premiers hospices et asiles, refuges pour toute sortes de catégories de malades et d’exclus de la société ont éclos d’abord aux marges des Eglises puis ont été portées par elles. On ne compte plus toutes les belles œuvres d’aide et d’entre aide d’origine protestante, catholique, ou d’autres religions. A l’origine du mouvement de secours et de droit humanitaire international, la croix rouge, créée en 1864, était l’homme d’affaire et humaniste protestant engagé de Genève, Henry Dunant. Dans le protestantisme, le mouvement du christianisme social, d’une prédication réalisée de façon conséquente à travers un engagement de type diaconal, est déjà ancien. Un de ses grands représentants, Wilfred Monod, pasteur à la prestigieuse paroisse parisienne de l’oratoire du Louvre disait : « il n’y a pas de christianisme vrai qui ne soit en même temps spirituel et social. » Et mal car bien plus souvent les églises ont été servantes des puissants et des riches. Et c’est tellement triste. Presque toutes les belles œuvres dont j’ai parlé et bien d’autres ont été créés contre l’avis de l’institution et par la suite bien entendu puisque cela marche elles ont été soutenues pour récupérer la gloriole de leur création… Et qu’en est-il de notre société et de nos églises, aujourd’hui ? Combien de scandales, petits et grands.

Aucune société, communauté, église ne peut se bâtir sans justice, équité, paroles droites et vraies. Je suis effaré de voir que le mensonge est utilisé tellement facilement même dans nos groupes de responsables.
Comme si c’était normal. Rien de bon ne peut se bâtir sur une parole tordue. Le mal est le père du mensonge. Là où la religion et ses représentants, prêtres, les institutions ecclésiales, pasteurs ou CP utilisent leur position pour poursuivre leur intérêt et non la gloire de Dieu, le message de l’Evangile est perverti.  Et cela a des conséquences destructrices. La parole n’est plus fiable, on se défie de tout, et de tous et de Dieu en même temps. L’église n’est plus crédible, sa parole n’est plus recevable par nos contemporains. Et pas plus par Dieu. Il n’y a qu’une issue. Une seule : et je reprends Amos : que dans toutes nos relations l’équité coule comme de l’eau, et la justice comme un torrent intarissable.

Et Jésus déclare sur le Sermon sur la montagne : Mt 5,6 :  Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés.

Mt 5,10 :  Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux.

Oui, heureux, sommes-nous, de pouvoir accueillir et poser une parole juste en toute situation et nous engager pour la justice sur cette terre, nous aurons part à la source d’eau vive et nous le serons pour nos semblables car déjà dans la réalité de la promesse. Amen

Prière

Notre Dieu,
Merci parce que nous pouvons nous référer à toi, compter sur toi, nous appuyer sur toi, nous en remettre à toi, nous abandonner à toi.
Merci parce que tu nous as réunis en ce jour pour nous redire ta promesse, pour nous redire ton amour, pour nous redire la bonne nouvelle du Royaume.
Merci parce que tu as besoin de chacun de nous, et de nous tous ensemble, pour que qu’advienne ton règne de paix.
Seigneur, en ces temps d’interrogations et de troubles dans notre société, de globalisation politique et économique, nous te prions : envoie de façon renouvelée ton Esprit dans le monde. Qu’il soit ferment de créativité pour imaginer des solutions fraternelles et solidaires dans les situations douloureuses complexes et bloquées.
Que ton Eglise se renouvelle pour assurer partout dans le monde sa vocation de sel de la terre, de levain d’un bon pain d’une vie juste et bonne pour tous.
Au plus près, nous te remettons aussi nos familles, nos enfants, petits-enfants, parents et amis. Nous te remettons les personnes isolées et fragiles de notre communauté, nos aînés et nos malades.

Et, unis par Jésus, le Christ, en communion les uns avec les autres, nous te disons:  Notre Père …

 

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