Culte du dimanche Judica, 18 mars 2018

Lectures du jour :  Psaume 43; Genèse 22,1-13; Hébreux 5,7-9; Marc 10,35-45;

Texte pour la prédication (donnée par le pasteur Michel Roth) :  Nombres 21,4-9

 

La symbolique du serpent est infiniment complexe et comporte bien des aspects antinomiques difficiles à intégrer dans une vue d’ensemble. On peut même se demander s’il n’est pas le symbole fondamental, mystérieusement lié à la nature même de l’homme, à la structure de sa pensée et de sa vision du monde.

Le symbole le plus complet, le plus adéquat, est le serpent double : qui signifie la complémentarité des courants énergétiques, des forces cosmiques, des aspects de la puissance. Tout le monde connaît le caducée mercurien : attribut du Dieu Hermès-Mercure, il représente un équilibre dynamique de forces contraires, il préside à la circulation du Verbe entre Ciel et Terre.

Matthieu 10/16 :
« Possédez donc la sagesse (la ruse) terrestre des serpents et la pureté spirituelle (candeur) des colombes ».

La difficulté pour les anges comme pour les hommes de maîtriser l’activité du double serpent aux mouvements contraires Caducée (2)entraîne des scissions ou des chutes et provoque l’apparition d’anges serpents déchus ou d’hommes serpents destructeurs.; D’où les connotations sataniques de ce serpent ; il représente :  le mensonge, la haine, la révolte contre le Père, contre le divin, le chaos, le péché, la négativité. Il devient « on le jeta donc l’énorme Dragon, l’antique serpent, le Diable ou le Satan, comme on l’appelle, le séducteur du monde entier, on le jeta sur la terre et ses anges furent jetés avec lui.»  (Apocalypse 12/9)

Dans notre passage, les Hébreux sont attaqués par des serpents brûlants et volants : ce sont les séraphins. Ils sont de même nature vibratoire que les « langues de feu » de la Pentecôte, mais ici, d’un effet contraire. Moïse reçoit cet ordre de Dieu « Fais-toi une serpent brûlant, place-le sur une hampe : quiconque aura été mordu, le verra, il vivra ! »

Il faut donc rétablir l’intégrité d’un système énergétique universel et maîtriser ces forces flamboyantes qui environnent et traversent l’homme. (Evidemment, les lettres hébraïques, leur valeur numérique, leur correspondance, ces lettres qui forment les mots utilisés dans ce passage, et dans bien d’autres, nous font clairement comprendre de quoi il retourne…)

Alors que dans nos traductions françaises n’apparaît qu’une version appauvrie et tronquée !

Faire un séraphin, c’est assurer le contrôle de ces forces ; le dresser sur une hampe, c’est  – bien sûr ! – s’orienter vers Dieu mais surtout retrouver l’axe vertical et le serpent ascendant nécessaire à la cohérence du circuit, à la juste circulation de l’Amour divin.

Nous pouvons trouver trois confirmations de ce schéma :

  • le culte du serpent d’airain va se maintenir dans le temple de Jérusalem jusqu’à l’époque d’Ézéchias
    (8 et 7ème siècle av. JC )
  • le terme séraphim est repris par Esaïe (6,2 sq) pour désigner des entités flamboyantes à six ailes,
    symbole de la meilleure circulation possible des énergies divines, ainsi que le travail dialectique intégral.

Dans l’évangile de Jean, le Christ est assimilé au Serpent des serpents : « Comme Moïse éleva le serpent au désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l’homme afin que tout homme qui croit ait par lui la Vie Éternelle. »  (Jean 3/14–15)

Arbre de la croix, montée et descente des énergies, circuit serpentiforme complet !