lectures : Philippiens 3,7-14 + Matthieu 25,14-30, prédication sur Matthieu 7,24-29 : Être gérants des biens de Dieu

Frères et sœurs en Jésus Christ, que la grâce et la paix du Seigneur inondent vos cœurs et toute votre vie ! Amen.

Les deux lectures de ce dimanche nous ont abondamment montré à quel point Dieu a besoin de nous. Oui, j’ai bien dit, Dieu a besoin de nous. Nous avons besoin de Lui, c’est sûr, chaque jour de notre vie, mais dans Sa liberté infinie et éternelle le Seigneur de l’univers a choisi de se servir de nous autres humains pour manifester Sa gloire sur la terre. Gérants de ses biens pendant l’absence du maître de maison, voilà ce que nous sommes, et gare à celle ou celui qui se soustrairait à son devoir de faire fructifier le capital qu’on lui a confié ! Sa vie ne vaudrait rien, bonne pour la benne à ordures, disait l’apôtre Paul, un déchet, toutes ces soi-disantes qualités … de caractère, de politesse, de bonnes actions mêmes. Oui, une vie en dehors des véritables biens de Dieu ne vaut rien !

Oh, les biens de notre Dieu, Sa bonté, Sa générosité, Sa créativité, Sa grâce pour tous, il est vrai que nous les désirons plus que toute autre chose. Nous sommes ici pour nous en nourrir ensemble, pour entendre, voir, goûter, nous remplir à nouveau de vie divine…

Alors aimez, nous dit-il, aimez toujours, toujours, «Ne vous inquiétez de rien, aimez même vos ennemis, car votre Père fait lever son soleil aussi bien sur les méchants que sur les bons. (Mt 5,43s) Heureux sont qui sont doux. (5,5) Si on t’oblige à porter une charge sur un kilomètre, porte-la sur deux kilomètres.  Donne à celui qui demande…. (5,41) Oh Seigneur, oui, mais qu’elle est étroite cette porte, qu’il est difficile le chemin qui mène à la vie… ! (7,14)

Au moment de clore son grand discours sur la montagne dont je viens de nous relire quelques extraits, Jésus choisit à présent une image d’une rare puissance. Vous la connaissez bien, c’est celle des deux maisons, sur le sable, l’une et l’autre sur le roc. Même architecture, même couleurs peut-être, l’une pas différente de l’autre. Des maisons humaines, bâties de mains d’hommes toutes les deux. Mais voilà : construites sur du sable l’une et l’autre sur le roc. (Lecture) Alléluia !

Notre Seigneur Jésus est ce roc, « Rock of ages », ce rocher solide, ce château imprenable que Luther chantait : Ein feste Burg ist unser Gott, c’est un rempart que notre Dieu. Nous n’avons pas peur : Notre maison de vie ne peut pas être balayée, elle tiendra bon quand soufflera la tempête. Et d’ailleurs, vous l’avez remarqué : ce n’est qu’au moment de la crise, de la pluie et du vent que les deux maisons font la différence : les constructeurs avaient pourtant tout fait pareil, tout à fait normalement. Oui : la vie des humains peut être tout à fait valable, bien construite. Mais sur le mauvais fondement, les fondations friables.

La seule différence ? Les fondations. Avons-nous vraiment bâti sur la grâce de Dieu ? Une seule façon de le savoir. Aucune façade, aucune peinture, aucun agencement intelligent, non, aucune théorie, aucun bavardage, uniquement les actes font la différence. « Celle et celui qui écoute mes paroles et les mets en pratique », voilà celle et celui qui a construit sur le roc. (7,24)

Prenons un exemple. Les jeunes rassemblés si nombreux à Madrid pour les JMJ, journées mondiales de la jeunesse catholique. Animés par une immense volonté de bien faire, de vivre une vie de bien, dans le droit chemin et la prière, ils ont été choqués de se voir critiqués. L’argument financier, évidemment est faux et ne tient pas la route, l’état espagnol fournit uniquement la sécurité, et, peut-on lire dans El Mundo, « le pape fait autant vendre que Ronaldo ». L’acclamé des foules n’est pas en reste, d’ailleurs et Benoît XVI a retourné la critique en pointant ce qu’il appelle « le harcèlement anti-chrétien » en Espagne. Mais se laisser critiquer en tendant l’autre joue, frères et sœurs, n’est-ce pas l’essence-même de ce que Jésus attend de nous ?

Pouvons-nous encore discuter sans nous disputer? Où est passé la culture du débat ? N’y a-t-il plus que batailles de chiffonniers, groupes d’intérêts et effusions d’émotions dans nos sociétés occidentales à l’heure-même où l’on meurt pour la liberté et la démocratie ailleurs ?

Les jeunes musulmanes sont habituées, elles, à être mal regardées à cause de leur foulard par lequel précisément elles voulaient exprimer leur désir d’une vie pieuse et bonne. Et comme on ne discute pas ensemble, qu’on n’arrive pas à se dire les choses tranquillement et en face, chacun se radicalise dans son coin. L’aspiration religieuse s’entête et devient revendication, et le débat est remplacé par le combat.

Les jeunes catholiques, réalisent-ils que bien des valeurs défendues par leur église sont contraires à l’évangile ? Il y a 500 ans des chrétiens se sont levés autour de Martin Luther pour dénoncer le pouvoir de la papauté, le célibat obligatoire des prêtres et toute sa misogynie, plaidant pour la liberté du chrétien. L’église protestante est née, mais le refus du débat fut lourd de conséquences. Aujourd’hui nous faisons chaque jour deux milles à leurs côtés, pour rester dans l’image de Jésus, mais nous aimerions bien aussi discuter en chemin. Fraternellement.

Et moi, dans ma vie à moi, est-ce que j’arrive à supporter de choisir la paix plutôt que la revanche ? D’être douce plutôt que puissante, à vivre sans m’inquiéter du lendemain ? Je suis sûre que vous sentez l’immensité de la puissance du refus foncièrement humain et si solidement ancré en nous. Mais le roc, le rocher, fondement inébranlable dans les tempêtes, il est là, en Jésus Christ, qui préféra mourir plutôt que de se battre.

Il fait de nous les gérants de ses biens. A qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup. (Luc 12,48, mot d’ordre de la semaine.) Ni plus, ni moins. « Seigneur, bénis-nous et fais-nous marcher dans tes traces ! Amen »

Notre peur la plus profonde …

… n’est pas que nous ne soyons pas à la hauteur,

Notre peur la plus profonde

est que nous sommes puissants au delà de toute limite,

C’est notre propre lumière et non pas notre obscurité qui nous effraie le plus.

Nous nous posons la question :

“Qui suis-je, moi, pour être brillant, talentueux et merveilleux ? ”

En fait,

qui êtes-vous pour ne pas l’être ?

Vous êtes un enfant de Dieu.

Vous restreindre et vivre petit

ne rend pas service au monde !

L’illumination n’est pas de vous rétrécir pour éviter d’insécuriser les autres,

Nous sommes nés pour rendre manifeste la gloire de Dieu qui est en nous,

Elle ne se trouve pas seulement chez quelques élus :

Elle est en chacun de nous,

et au fur et à mesure que nous laissons briller notre propre lumière,

nous donnons inconsciemment aux autres la permission de faire de même.

En nous libérant de notre propre peur,

notre présence libère automatiquement les autres… »


Ce texte n’est pas un extrait du discours prononcé par Nelson Mandela lors de son intronisation à la présidence de la République de l’Afrique du Sud, 1994. Et non ! Mais écrit par une femme : Marianne Williamson, auteure, ministre de l’église Unity Church aux USA dans les années 1980 et 1990, extrait de son ouvrage A return to love, 1997.

Ulrike Richard-Molard